Ma résurrection n'aura duré qu'un temps, ou deux, ou trois, le temps de quelques pas de travers enlacés fièrement dans les bras de l'auto conviction. Je suis de nouveau morte, aspirant à mon existence tantot oubliée, à mon errance habituelle de zombie demeurée. Le caroussel a pété, les chevaux de bois m'ont fait tourné la tête, et le bonheur m'a éjecté de sa plénitude illusoire. Je me perds dans mes mots. Je me perds dans mes idées, mes pensées et mes fantasmes. Je ne me comprends pas, je ne me suis pas, je ne suis plus. Plus rien n'a de sens, plus rien n'existe, simplement je ne vois que Ca. Chaque paysage m'apparait dénué de beauté. Depuis que tu n'es plus là, je ne vois plus rien, je n'observe plus rien, je n'existe même plus. Je bois pour oublier, et puis je bois tellement, que j'oublie pourquoi je bois. J'en ai plus qu'assez de ressasser. Ressasser la fascination qu'engendrait chaque seconde et chaque geste qui s'y associait. Chaque mot choisi avec une perfection indescriptible. Je vais exploser. Le poison se répend, le cancer se propage, la maladie devient incontrolable. Je me suis faite avoir à mon propre jeu, je fonce à 300 km/h droit dans un mur, et je n'arrête pas, je n'arrête jamais. Je succomberai à nous, je succomberai à nous, je succomberai à toi. Je ne connais plus les règles, ni les miennes, ni celles du monde. Je m'enfonce de plus en plus profondément dans le très banal déraisonnable, je cherche les limites et je ne les trouve plus. J'ai dépassé la ligne jaune depuis longtemps. Le précipice m'attend à bras ouverts, j'attends seulement de trouver la force de me plonger dans ses longs bras accueillants, faute d'avoir le courage d'arracher les doigts décharnés qui polluent ma tête. J'incarne désormais ma propre nuit sans lune. Un néant vide, sombre, infini vers lequel je m'envole. Il n'y aura pas de lumière, l'obscurité aura englouti toute forme de vérité. Je ne créerai plus rien, j'accepte l'atrocité que j'ai peint de mes rêves. Et je l'aime, je l'aime tellement... Quelle souffrance sublime, des bleus dans les yeux.
"J'ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l'indifférence." A.France