La manie et la mélancolie naissent 5 siècles av JC, sur l'île de Cos. Hippocrate (se prétendant descendant de Asklépios, dieu de la médecine), sera le premier à en décrire la symptomatologie.
Etymologiquement, le terme mania vient des Ménades, les compagnes furieuses et orgiaques de Dyonisos.Quant à melancholia, qui signifie "bile noire" dans la théorie des humeurs qui a traversé les siècles, elle permit de comprendre tous ceux qui, à l'instar de Archytas de Tarente, qui fut le maître de Platon, semblaient avoir dans "les viscères une épine qui les piquaient, en proie à la nausée, fuyaient la lumière et les hommes, en proie à la peur ils avaient des visions effrayantes, des cauchemars où ils voyaient des morts."
Le concept de PMD (psychose maniaco depressive), lui est issu de la rencontre entre Hippocrate, et d'un philosophe contemporain de Socrate, Democrite. Au delà de sa théorie atomistique (Nb : l'être et le non être), Démocrite est un mélancolique qui vit seul dans des tombeaux, entouré de cadavres d'animaux.
L'étymologie du mot "tragédie", enfin, illustre à merveille la complémentarité de la manie et de la mélancolie, tragos signifiant le bouc en grec (Nb: la tragédie s'ouvre sur le chant d'acteur portant le masque de bouc qui représente Dionysos)
Pour Aristote, le mélancolique est aussi celui qui peut s'élever aux plus hautes pensées. Mais si la bile noire se refroidit, elle se transformera en poison noir, expression que reprendra Baudelaire.
Pour soigner cette pathologie Sénèque et les stoïciens latins préconiseront la tranquillité de l'âme, d'où le nom donné bien plus tard à cette classe de psychotropes : les tranquillisants.
Eclaircir l'énigme psychanalitique que représente la PMD, Freud relèvera ce défi dans Deuil et Mélancolie (1915).
Autoreproches, plaintes portées contre l'autre insatisfaisant, décevant, qui sera détruit psychiquement, et auquel l'individu se serait inditifié narcissiquement après l'avoir incorporé. "L'ombre de l'objet recouvre", ou "vide le moi jusqu'à l'appauvrissement complet". N.Zaltmann rappelle que "le mécanisme de mise à mort est un mécanisme général commun à toutes les organisations psychiques, mais son mode de ratage, et les moyens mis en oeuvre pour négocier la réconciliation avec l'objet perdu determinera le choix de la pathologie."
Dans la mélancolie, l'objet est perdu, mais le sujet ne sait pas ce qu'il a perdu, car la perte à la différence du deuil, est inconsciente, et le mélancolique ne peut faire aucun travail de deuil. Pire encore, son acharnement à conserver un lien d'amour avec l'objet perdu, à ne pas en faire son deuil, peut devenir "un motif inconscient, puissant du projet de devenir analyste".
Notes personnelles sur un dossier de JP. Chartier "Bipolarité et PMD"